L'IA va-t-elle remplacer les comptables ? Ce que ça change pour le DCG et le DSCG
En 2013, deux chercheurs d'Oxford estimaient à 94 % la probabilité que le métier de comptable soit automatisé. Treize ans plus tard, la profession compte davantage d'experts-comptables qu'à l'époque.
La prédiction s'est donc trompée, mais pas entièrement : elle s'est trompée de cible. L'intelligence artificielle ne supprime pas l'expert-comptable, elle supprime une partie des tâches de départ, celles que l'on confiait aux débutants. C'est précisément pour cette raison que le DCG et le DSCG gardent toute leur valeur, à condition de savoir pourquoi on les prépare.
La vidéo
Une prédiction de 2013 démentie par les chiffres
L'étude de Carl Frey et Michael Osborne a fait le tour du monde. Elle attribuait une probabilité d'informatisation de 0,94 aux comptables et auditeurs, de 0,98 aux aides-comptables et de 0,99 aux préparateurs de déclarations fiscales. Au total, 47 % des emplois américains étaient classés à haut risque, « peut-être d'ici une décennie ou deux ».
En France, la réalité a pris le chemin inverse. La profession compte plus de 22 000 experts-comptables inscrits, contre 19 284 en 2015, soit une hausse de 18 % en dix ans. Les cabinets emploient plus de 190 000 salariés, contre environ 170 100 en 2021.
L'erreur tenait à la méthode : raisonner par métier entier, comme si un métier était un bloc que la machine sait ou ne sait pas faire. En 2016, l'OCDE a repris la question tâche par tâche. Résultat : 9 % d'emplois automatisables en moyenne dans 21 pays, soit cinq fois moins. Autrement dit, l'IA remplace des tâches, pas des métiers. La vraie question est de savoir lesquelles, et qui les accomplissait.
Ce que l'IA et la facture électronique automatisent déjà
Le premier bouleversement ne vient pas de l'IA générative mais d'une réforme fiscale. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI doivent en émettre. Les PME, TPE et micro-entreprises y seront tenues à partir du 1er septembre 2027. La donnée arrive alors déjà structurée : il n'y a plus rien à saisir.
L'IA générative s'installe par ailleurs dans les usages. D'après le baromètre du Groupe SVP de septembre 2026, les cabinets s'en servent surtout pour chercher une information, rédiger et, de plus en plus, analyser ; plus d'un sur deux le fait sans règle écrite. L'Ordre des experts-comptables a lui-même lancé ExpertCHAT, son propre outil conversationnel, et propose une charte type d'usage de l'IA en cabinet.
À l'échelle mondiale, l'Organisation internationale du travail estime que 25 % des emplois sont exposés à l'IA générative, et 34 % dans les pays à revenu élevé. Les emplois administratifs sont les plus concernés. Sa conclusion est toutefois nuancée : la plupart de ces emplois seront transformés plutôt que supprimés, car de nombreuses tâches exigent encore une supervision humaine.
Le vrai risque : la disparition de la première marche
Les tâches qui disparaissent sont celles que l'on confiait aux débutants. Aux États-Unis, le Stanford Digital Economy Lab observe que l'emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA est inférieur de 19 % à celui de leurs pairs moins exposés. Le mécanisme est révélateur : ce ne sont pas des licenciements, mais moins d'embauches. Les salariés expérimentés, eux, ne présentent pas d'écart comparable.
Chez PwC au Royaume-Uni, le recrutement de jeunes diplômés est passé de 1 500 à 1 300 en 2025, pour des raisons qui mêlent l'IA et la conjoncture. En France, le baromètre Omeca de janvier 2026 montre un net ralentissement : 29 % des cabinets ont recruté au premier semestre 2025, 40 % ont embauché des alternants contre 60 % auparavant, et 18 % seulement prévoient de recruter en 2026.
Il faut rester prudent : aucune étude ne permet aujourd'hui d'attribuer ce ralentissement français à l'IA plutôt qu'à la conjoncture. Les signaux convergent néanmoins vers un risque précis. Ce n'est pas le métier qui recule, c'est la porte d'entrée, celle où l'on apprenait le métier en faisant de la saisie.
Ce que la loi réserve à l'expert-comptable
L'ordonnance du 19 septembre 1945 définit l'expert-comptable comme celui qui fait profession de réviser et d'apprécier les comptabilités, ainsi que de les tenir, les arrêter et les redresser. Son article 20 réprime l'exercice de ces travaux par quiconque n'est pas inscrit au tableau de l'Ordre, « en son propre nom et sous sa responsabilité ».
Une IA ne s'inscrit pas à l'Ordre, n'a pas d'assurance de responsabilité civile professionnelle et ne répond pas d'un bilan erroné. Or ceux qui peuvent prendre cette responsabilité restent peu nombreux : 1 439 nouveaux diplômés d'expertise comptable en 2025, pour une profession qui accompagne plus de sept entreprises sur dix. L'étude de Stanford le confirme à sa manière : c'est le savoir d'expérience, difficile à mettre en données, qui protège.
La réforme 2027 a déjà intégré l'IA
L'arrêté du 4 août 2025, applicable à partir de la session 2027, fait entrer l'IA au programme. L'UE7 du DCG en intègre les enjeux ; l'UE5 traite de son apport aux progiciels, de la transformation des métiers et du règlement européen sur l'IA ; au DSCG, l'UE2 renforce les questions de sécurité qui lui sont liées.
Son article 9 va plus loin. Pour la communication professionnelle du DCG et le mémoire du DSCG, l'usage d'une IA générative « sans qu'elle soit suivie d'un travail personnel d'appropriation » constitue une fraude. Le texte n'interdit donc pas l'outil : il exige que tu comprennes, vérifies et assumes ce qu'il produit. C'est exactement la compétence que le métier attend désormais.
Faut-il encore faire le DCG et le DSCG ? Trois conseils
La réponse est oui, et sans doute davantage qu'il y a dix ans, à une condition : ne pas préparer ces diplômes pour exercer le métier de 2010. Si ton projet se limite à la saisie, l'inquiétude est justifiée. S'il consiste à comprendre, contrôler et expliquer les chiffres, puis à engager ta signature, tu vises précisément ce que l'IA ne peut pas prendre.
Vise au moins le DSCG. Le DCG seul place sur la première marche, celle qui se rétrécit ; le DSCG ouvre la supervision, l'analyse et le conseil, et le DEC donne la signature.
Cherche l'expérience réelle, et tôt. L'alternance et les stages construisent le savoir d'expérience qui protège les profils confirmés.
Apprends dès maintenant à contrôler l'IA. Sers-t'en pour réviser, mais vérifie chacune de ses réponses : elle se trompe souvent, et avec assurance.
Pour aller plus loin
Les cours et fiches de révision, conformes au programme réformé :
→ Pack réussite DCG
https://www.reussirledcg.fr/pack-reussite-dcg
→ Pack réussite DSCG
Lire aussi
Réforme 2027 du DCG et du DSCG
Du DSCG au DEC : la route jusqu'à l'expertise comptable
Les sources citées dans la vidéo
S1. Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, université d'Oxford, « The Future of Employment : How Susceptible Are Jobs to Computerisation ? », septembre 2013. https://oms-www.files.svdcdn.com/production/downloads/academic/The_Future_of_Employment.pdf
S2. Melanie Arntz, Terry Gregory et Ulrich Zierahn, OCDE, « The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries : A Comparative Analysis », mai 2016. https://www.oecd.org/en/publications/the-risk-of-automation-for-jobs-in-oecd-countries_5jlz9h56dvq7-en.html
S3. Compta Online, « Experts-comptables en France : les chiffres clés 2025 », d'après l'Observatoire de la profession comptable du CNOEC, 2025. https://www.compta-online.com/les-chiffres-de-expertise-comptable-en-france-ao861
S4. Conseil national de l'Ordre des experts-comptables, « Les chiffres de la profession 2025 », 14 octobre 2025. https://www.experts-comptables.fr/evenement/692fd1d4-9d0e-11f0-8902-00155d038b20
S5. Organisation internationale du travail et NASK, « Generative AI and Jobs : A Refined Global Index of Occupational Exposure », présenté par ONU Info le 20 mai 2025. https://news.un.org/fr/story/2025/05/1155736
S6. Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen, Stanford Digital Economy Lab, « Canaries in the Coal Mine ? », mise à jour du 12 août 2026. https://digitaleconomy.stanford.edu/news/canariesaug26/
S7. Fortune, entretien avec Marco Amitrano, directeur de PwC au Royaume-Uni, 8 septembre 2025. https://fortune.com/2025/09/08/pwc-uk-chief-cutting-entry-level-junior-gen-z-jobs-ai-economic-headwinds-like-amazon-salesforce
S8. Arrêté du 4 août 2025 relatif au programme et aux modalités d'organisation des épreuves du DCG et du DSCG, Bulletin officiel n° 32 du 28 août 2025 (version du SIEC). https://siec.education.fr/candidats/docutheque/download/dcg-dscg-reglementation/Arr%C3%AAt%C3%A9%20du%204%20ao%C3%BBt%202025%20(BO%2032%20du%2028%20ao%C3%BBt%202025)%20-%20Programme%20et%20modalit%C3%A9s%20d'organisation%20des%20%C3%A9preuves%20du%20DCG%20et%20DSCG.pdf
S9. Ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, articles 2 et 20, Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000032364676
S10. Omeca, « Baromètre du deuxième semestre 2025 », 19 janvier 2026. https://www.metierscomptabilite.fr/etudes/barometre-deuxieme-semestre-2025
S11. L'Essentiel de l'Éco, « Experts-comptables : l'IA avance plus vite que les cabinets », d'après le 4e baromètre IA générative du Groupe SVP, 17 septembre 2026. https://lessentieldeleco.fr/8452-experts-comptables-lia-avance-plus-vite-que-les-cabinets
S12. Conseil national de l'Ordre des experts-comptables, « Parlons data et IA : synthèse des travaux du CNOEC ». https://www.experts-comptables.fr/sites/default/files/assets/files/PARLONS%20DATA%20&%20IA%20-%20A4_p%C3%A0p.pdf
S13. DGFiP, « Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 », impots.gouv.fr. https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/1_metier/2_professionnel/EV/2_gestion/290_facturation_electronique/guide_pratique_facturation_electronique.pdf
S14. Compta Online, « Taux de réussite au DEC : chiffres et statistiques depuis 2001 », d'après les rapports du SIEC, mise à jour du 16 juillet 2026. https://www.compta-online.com/statistiques-du-dec-depuis-mai-2001-ao2976